Les différents types de troubles du sommeil : pourquoi “mal dormir” ne veut pas toujours dire la même chose

THE SLEEP LAB
Temps de lecture : 5 mn
Sujet : troubles du sommeil

On dit souvent “je dors mal” comme on dirait “je suis fatigué”, avec cette impression que tout le monde comprend, parce que tout le monde a déjà connu une nuit trop courte, un réveil difficile ou une journée passée dans un léger brouillard. Pourtant, en médecine du sommeil, “mal dormir” ne suffit pas à décrire ce qui se passe réellement.

Une personne peut avoir du mal à s’endormir, une autre peut s’endormir très vite mais se réveiller dix fois dans la nuit, une autre encore peut dormir huit ou neuf heures et lutter contre une somnolence incontrôlable dans la journée. Certaines personnes dorment au mauvais moment, parce que leur horloge interne est décalée. D’autres bougent, parlent, crient, marchent ou vivent des comportements nocturnes dont elles ne gardent parfois aucun souvenir.

C’est pour cela qu’il est important de distinguer les différents troubles du sommeil. Non pas pour coller une étiquette trop vite, mais pour éviter de mettre toutes les nuits difficiles dans le même tiroir. Parce qu’un trouble respiratoire du sommeil ne se prend pas en charge comme une insomnie chronique, une hypersomnolence centrale ne se résume pas à un manque de motivation, et un trouble du rythme circadien n’est pas toujours une mauvaise discipline du soir.

La précision, ici, n’est pas froide. Elle évite de se tromper de porte.

1. Les insomnies : quand dormir devient difficile

Les troubles de l’insomnie regroupent les difficultés à s’endormir, à maintenir le sommeil, à se rendormir après un réveil nocturne, ou les réveils trop précoces, lorsque ces difficultés s’accompagnent d’un retentissement dans la journée.

L’insomnie ne se définit donc pas seulement par une nuit courte. Elle se reconnaît aussi à ce qu’elle laisse derrière elle : fatigue, irritabilité, baisse de concentration, humeur plus fragile, inquiétude autour du sommeil ou impression de ne plus récupérer correctement.

On distingue notamment l’insomnie de court terme, souvent liée à un événement de vie, à une période de stress ou à un changement temporaire, et l’insomnie chronique, lorsque les difficultés deviennent fréquentes, durables et installées dans le temps.

Le piège, avec l’insomnie, c’est qu’elle peut devenir circulaire. On dort mal, puis on redoute de mal dormir, puis cette inquiétude entretient l’éveil. Le lit, qui devrait être associé au repos, devient alors un lieu d’attente, de calcul et parfois de lutte silencieuse.

2. Les troubles respiratoires du sommeil : quand la respiration fragmente la nuit

Les troubles respiratoires du sommeil regroupent les situations dans lesquelles la respiration est perturbée pendant le sommeil. Le plus connu est le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, souvent appelé apnée du sommeil.

Dans ce trouble, les voies aériennes supérieures se ferment partiellement ou complètement de façon répétée pendant la nuit, ce qui peut provoquer des baisses d’oxygène, des micro-éveils et une fragmentation du sommeil. La personne ne se réveille pas toujours consciemment, mais son sommeil perd en continuité et en qualité.

Les signes qui peuvent alerter sont les ronflements importants, les pauses respiratoires observées par l’entourage, les réveils avec sensation d’étouffement, les maux de tête au réveil, la fatigue persistante, la somnolence dans la journée, les difficultés de concentration ou l’irritabilité.

Ce point est essentiel, parce que beaucoup de personnes pensent souffrir “d’insomnie” alors que leurs réveils nocturnes sont en réalité liés à une respiration instable pendant le sommeil. Toutes les nuits fragmentées ne racontent pas la même histoire.

3. Les hypersomnolences centrales : quand le problème principal est de rester éveillé

Les hypersomnolences centrales sont des troubles dans lesquels la difficulté principale n’est pas forcément de dormir la nuit, mais de rester éveillé pendant la journée. La personne peut ressentir un besoin de dormir intense, parfois irrésistible, même après une nuit qui semble suffisante.

La narcolepsie fait partie de cette famille. Elle peut se manifester par une somnolence diurne excessive, des accès de sommeil, parfois une cataplexie, c’est-à-dire une perte brutale du tonus musculaire déclenchée par une émotion, ainsi que des hallucinations à l’endormissement ou au réveil, des paralysies du sommeil ou un sommeil nocturne perturbé.

Il existe aussi d’autres formes d’hypersomnolence, comme l’hypersomnie idiopathique, dans lesquelles la personne dort beaucoup, se sent difficilement réveillable ou ressent une somnolence importante malgré un temps de sommeil élevé.

Ces troubles sont souvent mal compris, parce qu’ils peuvent être confondus avec de la paresse, un manque d’énergie ou un simple besoin de se coucher plus tôt. Pourtant, lorsque la somnolence devient quotidienne, incontrôlable ou dangereuse, notamment au volant ou au travail, elle mérite une évaluation médicale.

4. Les troubles du rythme circadien : quand l’horloge interne n’est pas alignée

Le sommeil dépend aussi d’une horloge interne, le rythme circadien, qui organise l’alternance entre veille et sommeil sur environ vingt-quatre heures. Lorsque cette horloge est décalée par rapport aux contraintes sociales, professionnelles ou scolaires, on peut avoir l’impression de souffrir d’insomnie, alors que le problème vient surtout du timing du sommeil.

Dans le syndrome de retard de phase, par exemple, la personne s’endort très tard et se réveille naturellement tard, ce qui devient problématique si elle doit se lever tôt pour travailler, étudier ou s’occuper de sa journée. À l’inverse, dans le syndrome d’avance de phase, la personne a sommeil très tôt le soir et se réveille très tôt le matin, parfois sans réussir à se rendormir.

Les troubles du rythme circadien peuvent aussi apparaître avec le travail posté, le travail de nuit, les voyages avec décalage horaire, une exposition lumineuse insuffisante le matin ou excessive le soir, ou des horaires très irréguliers.

Ici, la question n’est pas seulement “combien d’heures je dors ?”, mais “est-ce que mon sommeil arrive au bon moment pour mon corps et pour ma vie ?”

5. Les parasomnies : quand des comportements apparaissent pendant le sommeil

Les parasomnies regroupent des comportements, des mouvements, des émotions ou des expériences inhabituelles qui surviennent pendant le sommeil, lors de l’endormissement ou au moment des réveils partiels.

Certaines parasomnies surviennent plutôt en sommeil lent profond, comme les éveils confusionnels, les terreurs nocturnes ou le somnambulisme. La personne peut sembler réveillée, parler, bouger, marcher, crier ou paraître très agitée, tout en étant en réalité dans un état de réveil incomplet, avec peu ou pas de souvenir le lendemain.

D’autres parasomnies sont liées au sommeil paradoxal, comme les cauchemars répétés, la paralysie du sommeil ou le trouble du comportement en sommeil paradoxal, où la personne peut bouger, parler ou agir comme si elle vivait son rêve.

Toutes les parasomnies ne sont pas graves, et certaines sont fréquentes chez l’enfant. Mais lorsqu’elles deviennent fréquentes, violentes, dangereuses, nouvelles à l’âge adulte ou associées à des blessures, elles nécessitent une évaluation.

6. Les troubles moteurs liés au sommeil : quand le corps empêche le repos

Les troubles moteurs liés au sommeil regroupent des mouvements ou sensations corporelles qui perturbent l’endormissement ou la continuité du sommeil.

Le syndrome des jambes sans repos, aussi appelé maladie de Willis-Ekbom, se manifeste par un besoin irrépressible de bouger les jambes, souvent accompagné de sensations désagréables, qui apparaissent surtout au repos, le soir ou la nuit, et s’améliorent avec le mouvement.

Il peut être associé à des mouvements périodiques des membres pendant le sommeil, c’est-à-dire des secousses involontaires répétées, qui peuvent fragmenter la nuit sans que la personne en ait toujours conscience.

On peut également retrouver dans cette famille certains troubles comme le bruxisme lié au sommeil, lorsque les contractions des muscles de la mâchoire perturbent le sommeil ou provoquent des douleurs, une usure dentaire ou des tensions au réveil.

Là encore, ce n’est pas seulement “je dors mal”. C’est parfois le corps qui, au lieu de se déposer dans la nuit, continue à envoyer des signaux, des tensions ou des mouvements.

À ne pas confondre

Le plus important est peut-être là : les troubles du sommeil peuvent se ressembler en surface, mais avoir des mécanismes très différents.

Une personne qui se réveille souvent peut avoir une insomnie, une apnée du sommeil, des douleurs, des mouvements nocturnes ou une anxiété nocturne. Une personne fatiguée dans la journée peut manquer de sommeil, mais elle peut aussi souffrir de somnolence excessive, d’un trouble respiratoire du sommeil, d’un trouble du rythme, d’un effet médicamenteux ou d’une autre cause médicale.

C’est pour cela qu’il faut se méfier des conclusions trop rapides. Le sommeil est intime, mais il n’est pas toujours évident à interpréter seul.

Quand consulter ?

Il est utile de demander un avis médical lorsque les difficultés de sommeil durent plusieurs semaines, reviennent plusieurs nuits par semaine, impactent clairement la journée, ou s’accompagnent de signes comme une somnolence importante, des ronflements sévères, des pauses respiratoires observées, des réveils avec sensation d’étouffement, des mouvements incontrôlés, des comportements nocturnes inhabituels, des cauchemars très fréquents, une fatigue persistante malgré un temps de sommeil suffisant ou une consommation régulière de somnifères sans suivi.

Consulter ne veut pas dire dramatiser. Cela veut dire arrêter de tout appeler “fatigue” quand le corps essaie peut-être de signaler quelque chose de plus précis.

À retenir

Il n’existe pas un seul type de mauvais sommeil. Il existe plusieurs façons de mal dormir, de trop dormir, de dormir au mauvais moment, de respirer difficilement pendant la nuit, de bouger sans le vouloir ou de vivre des comportements nocturnes qui fragmentent le repos.

Et c’est précisément pour cela qu’il ne faut pas réduire le sommeil à une question de volonté, de routine ou de discipline.

Parfois, il faut apprendre à lire la nuit avec plus de nuance.

Parce qu’une nuit difficile peut être un accident. Mais lorsqu’elle se répète, lorsqu’elle abîme les journées, lorsqu’elle inquiète ou lorsqu’elle ne ressemble plus au repos, elle mérite mieux qu’un simple “je dois faire plus d’efforts”.

Elle mérite d’être comprise.

Précédent
Précédent

TCC-I : la thérapie qui aide à retrouver le sommeil sans le forcer

Suivant
Suivant

Procrastination au lit : pourquoi tu repousses le sommeil même quand tu es fatigué-e.